/the "dope" show.
16H tapante,un soleil de plomb sur mes épaules. Je Baisse mes lunettes,les verres sont généreux. Je m'installe derriére le volant, je ne sais pas où je vais,je ne sais pas quel jour nous sommes, Jeudi...vendredi...vendrejeu. Je roule...
Aujourd'hui je suis fatigué,claqué...usé. Mais le goût de la fuite est toujours grisant. Je sais que je n'irai pas bien loin,tôt ou tard je me ferai remarquer et ça sera retour à la case départ sans passer par la banque.Route. Ne regarde pas autour. Tu es normal,tout va bien, on ne t'a pas vu.
Mes bras me font terriblement mal, mes jambes aussi. Je dois rouler. C'est mon road movie.
Sorti de ma cage j'ai enlevé mon masque de tissu, en général je ne l'enléve qu'à de rares exceptions,lorsque il faut faire un peu d'argent le directeur du cirque me demande de me montrer sous mon vrai jour. Au début je souffrais... Mais j'ai appris à encaisser. Monstrueux,j'ai entendu ce mot quelques fois,ça m'arrange, j'aime pas la pitié,je préfére qu'on me déteste. Les animaux sont parfois mieux traités que les hommes.
Avec les quelques piéces qu'on me lâche j'achéte aux autres un échappatoire au meilleur prix,mais aujourd'hui je voulais être clair,juste pour voir quel effet ça fait. Je voulais partir,oublier ce que je suis. Biensûre j'ai joué la comédie,je sais si bien le faire, "approche betty j'ai un truc à te demander..." une cruche vide contre la tête d'une cruche,ça sonne toujours creux. Une clé,une petite liberté,ça fait du bien de prendre l'air,il fait chaud...si chaud. J'avais oublié à quel point le soleil pouvait nous crâmer,je me sens comme une glace italienne parfum vanille fraise, qu'un gosse aurait fait tomber par terre. Je fonds putain...
La voiture du boss est sur le côté, le moteur allumé,il parle avec l'homme ours. Qu'ils aillent au diable,qu'ils viennent à moi...je suis déjà loin. Je mets la musique,le volume doit être infernal, à m'en faire saigner les tympans.
Il ne faut pas penser, ne jamais penser, les faibles pensent, les abrutis dirigent ce monde.
J'ai oublié d'où je viens après tant d'années,j'allais de ville en ville sans jamais voir aucun habitant,aucune maison,il n'y a jamais eu qu'un décor pour moi,celui de ma cage,qu'une seule saveur,celle de ma couverture en laine,le son d'un piano martéle mon cerveau,voilà ce que je sais d'hier. Je ne ménerai pas l'enquête,le passé meurt aux lueurs d'aujourd'hui, demain n'existe pas... j'ai du lire ça quelquepart.
Pourquoi la fuite, un "monstrueux" de trop? Peut être.
Je n'ai jamais réussi à me faire comprendre,à défaut d'être entendu j'arrivais juste à faire peur. J'hurlais sur les spectateurs qui avaient un peu de compassion pour ce que je suis. Non il ne faut pas s'attacher à moi,j'ai assez de chaînes comme ça. D'ailleurs où sont elles?
Je roule... depuis...une dizaine de minutes. Je me suis perdu dans mes pensées..il fallait pas...
Je vois une petite fille qui sort d'une boutique,elle me pointe du doigt,me fait un sourire,je ne comprends pas... comme si elle m'indiquait...
Le réservoir est dans le rouge.
Je crois que je vais rentrer,demain il y a une autre fête, parfois j'aime bien les odeurs de barbe à papa et de pomme d'amour qui arrivent jusqu'à ma cage, et parfois la femme serpent vient jouer aux cartes avec moi. Je suis un mauvais perdant.
De toute façon je ne trouverai rien aujourd'hui,ni cette nuit. Peut être une autre fois...
Je suis fatigué,lasse des "un monstre que personne ne pourra "apprécier",aujourd'hui ou demain", je n'ai jamais rien demandé à personne,j'ai même arrêté de parler,de chanter,de bouger,de danser,c'est sûre c'est vendeur de me lancer ce genre de phrases,à cent contre un. J'accorde toujours un peu d'innocence aux autres...je devrais pas être aussi gentil. Je dois pas oublier ce que je suis,et après ça fait toujours mal,quand on vient me chercher alors que je dors.
J'ai fait un sourire ou deux dans ma carriére,à de jolies filles, être un monstre ce n'est pas forcément être bête. Two shots to the head.
Je rentre dans ma maison qui bouge, sans fenêtres, sans espoirs. Je n'ai plus envie de sourire.
Je vais être ce qu'on attend de moi finalement,"un monstre"...
Il est l'heure de la monstrueuse parade.
Emily Jane white - Two shots to the head:
http://www.youtube.com/watch?v=fX0Y74_xIMA