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  • Jour 34

    L'horizon ne se dessine pas avec de la craie sur un mur.

    Jusqu'à quand ? C'est la seule question qui peut provoquer un mouvement de mes lèvres. Pourquoi parler ? On n'est pas en enfer, c'est évident, mais qui a dit que le purgatoire n'était pas puant. De la sueur, de la douleur, chercher le sommeil. Des rituels, des automatismes désuets, et toujours le même réflexe : ne pas regarder devant. Il y a tant de combats à mener, je ne sais plus par lequel commencer. Je regarde ma tronche, cette semi-chevelure en jachère, j'aimerais tout raser, recommencer. Ce n'est pas le plus important.

    Je transpire le jour, la nuit, ce n'est que le début, mais de quoi ? Une métamorphose ? Non, je n'ai pas l'amour du déni, ça sera moins profond, mais l'orage est violent. Je ne me vois pas dans un an. Qu'est-ce que je serai ? Quel endroit voudra que je le hante ? Quelle personne ? Personne.

    Dehors, la colère gronde, comme si le changement se souciait d'un tremblement humain. Espérer c'est s'évader, espérer c'est se mentir. Les intentions sont autant d'illusions.

    L'horizon se dessine avec du sang.

     

     

    Faith Divides Us Death Unites Us

    https://youtu.be/9BONcpuDcrc

     

  • Jour 33

    Saison voilée. Saison volée.

    Dans mes yeux seul le brouillard reste,

    Le soleil ne peut chasser cette nouvelle peste,

    Sur les charognes poussent les fleurs infectes,

    Cette douce morte progressivement m'infeste.

     

    Dans cette cage je traque ton absence,

    L'aube céleste n'éclaire que ma démence,

    Une image floue pour seule présence,

    Ton fantôme astral rit de ma décadence.

     

    Vide, Il n'y a plus de place en moi,

    Insipide, est le goût de ma foi,

    Livide, est la peau de l'amour roi,

    Putride, cette carcasse dicte sa loi.

     

    Sur les herbes hautes et virginales,

    Glisse et se répand la rumeur fatale,

    Le miroir offre pour seul reflet l'animal,

    Serpente en moi l'ivresse du mal.

     

    Meurt l'été et ses brûlantes célébrations,

    Seule en mon être survit la carnassière tentation,

    Libérée de l'hiver et prostituée par la damnation,

    Ma chair m'appelle pour le deuil des émotions.

     

    Quand la saison volée se voile, mon sang me condamne au sans.

     

     

     

     

    Behind The Blood

    https://youtu.be/nQaN2elJ-dQ

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Jour 32

    Les vestiges de l'ombre.

    À l'arrière d'une Renault 20, assez éloigné de la vitre pour ne pas être brûlé, j'aperçois les rochers. Ici il y a peu de verdure mais tout un peuple habite ces terres arides. Le radiocassette ne réussit pas à couvrir le chant des grillons. Je caresse le velours des fauteuils puis j'attrape un morceau de pain chaud. Son odeur a eu raison de ma tentation. On longe la côte, le jaune s'abandonne au bleu salé. Le tableau des vacances se peint sous mes yeux enfantins. Je me laisse guider, c'est enivrant de ne pas avoir à choisir. Je sais quelle chance j'ai.

    Peau cramée et goût iodé. Je me roule sur le sable avant de me jeter à l'eau pour recommencer, les vagues sont immenses, assez pour glisser péniblement sur un mètre. Ce soir j'aurai mal, mais c'est trop loin pour m'en soucier. On ne pense pas aux écrans, qu'ils soient solaires, réels, virtuels. On ne possède que ce temps qui deviendra souvenir. Cette nuit avec mon frère, on ne voudra pas dormir, il n'y aura que des rires et cette chouette qui hante l'obscurité. L'épiderme en feu je tenterai de fermer les yeux avec l'envie de demain.

    Je ne sais pas encore que des années après je resterai accroché à ces moments face au nuage qui approche. Je ne veux pas qu'il me les vole. Puisse mon souffle tenir pour chasser l'indécent intrus que l'on nomme crépuscule.

     

     

    La Route de Salina.

    https://youtu.be/31x7xw6o6Zc