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Journal intime d'un traitre - Page 3

  • Ex-il

    "The Paradox of the Flame" Evergrey.

    Lorsque vous serez seul(e)s, que vous comprendrez le poids de vos injustes et vaines actions, que vous sentirez le souffle glaçant et proche de la mort alors peut être vous redeviendrez humains.

    ...

    Les ombres sous le soleil de Satan sont cannibales, elles réclament mon corps, se courbent de vanité sur mon passage. Elles savent qu'un jour nous fusionnerons, qu'une nuit nous en terminerons.

    Que ces formes au cœur d'ébène dansent jusqu'à l'aube, mon âme leur est promise.

    Mon être se déchire, mes extrémités deviennent cendres qui volent au ciel, je disparais.

    ...

    La sueur creuse des sillons liquides le long de mon dos. J'ai dormi une heure. Mon sommeil dure soixante minutes et je n'ai conscience que d'un instant de flottement dans des limbes qui me sont inconnues. Il n'y a pas de réparation, je ne serai plus jamais blanc. Je ne sais pas où je pars.

    ...

    Je dois tenir encore quelques minutes pour me dire que je vaux mieux que ça, que je vais m'en sortir, que demain existe, que je ne devrais pas me dire que je n'aurais jamais dû revenir.

    On fait toujours de jolies épitaphes écrites à l'encre de l'hypocrisie, une présence bancale, déviante, est forcément dérangeante, j'aurais certainement dû me contenter d'un granit poli comme un miroir et fleurit de mensonges. Je n'ai pas eu ce courage.

    ...

    Lorsque je fais face à ma différence je sais que je suis condamné à la solitude. J'ai abandonné l'autre, je n'ai pas cette gueule d'ange qui me permet de chercher à exister dans des dialogues plats et creux, je n'ai plus rien à dire. Je n'ai plus cette envie. Je ne crois plus.

    ...

    Tout est passé, froissé, les mots se cachent dans les plis de la cellulose et il n'ont plus sens à mes yeux.

    Chacun détient sa vérité et personne ne la connait, en ces moments je suis silence, absence, vagabond invisible. Exil.

     

     

     

     

  • After

    "After the Fall" Chelsea Wolfe.

    Toute chose a une fin, cela serait se mentir de ne pas vouloir le reconnaître. Les bonnes comme les mauvaises. La question est de savoir quel souvenir nous garderons au milieu de toutes ces incompréhensions. Il est évident que j'aurais aimé que tout soit différent, que l'on ne m'enferme pas dans une boîte et que l'on ne me range machinalement.

    Je suis encore debout.

    J'ai gagné un combat, juste un combat, la belle histoire. Je laisse la victoire aux chiens, à ceux qui ont faim de rien, j'ai la rage de fin, c'est tout et c'est déjà beaucoup trop.

    Il y a encore parfois ce bourdonnement chaotique, mais je dois résister, toujours.

    Tu sais ce que c'est?

    Alors tu comprendras pourquoi j'ai perdu toute envie à ce moment de la vie, qu'il n'y a eu aucune main tendue, qu'il faisait si froid puis si chaud, que je me suis mis à trembler. J'avais tout foutu en ordre tu sais, les gens étaient heureux et moi j'étais loin, je pouvais enfin partir, disparaître dans le désert sans demander de rab. Qui le saurait? Qui le verrait?

    Depuis je me sens comme un tueur en cavale, toujours à devoir faire acte de rédemption, à voir vos yeux se détourner, les tiens. Tout a changé comme si j'avais laissé une partie de moi là bas. J'ai cru que tu me ferais confiance, que tu ne serais pas comme les autres...

    J'ai déterré l'ami de mes nuits, je ne méritais pas vos accusations, toute chose a une fin.

    "The Page" Chromatics.

    J'aimerais placer deux verres sur la table comme au bon vieux temps, voir les reflets de l'aube sur la surface de la tequila, liquider un dernier shot en te fixant.

    Je sentais l'air marin me rappeler que j'étais encore là en cette fin de journée, que je pouvais tracer une ligne sur le sable pour séparer les personnes, acte manichéen pour ne plus supporter le poids des doutes. Je n'aime pas ce nouveau pragmatisme, mais ai-je encore le choix?

    Le temps, bon, mauvais, vieux, jeune, passe et me file entre les doigts, j'ai peut être encore une chose ou deux à faire.

    J'aimerais placer deux verres sur la table maintenant mais je ne peux pas, je ne te regarderai pas, déteste moi, pars loin, tu seras bien. La vox populi l'a dit. Arrivederci.

    "Eyelids" PVRIS.

    Il paraît qu'il faut se battre pour les gens que l'on aime, ne jamais abandonner.

    Je ne le fais pas en partant.

    ...

    Ce blog vit ses dernières notes.

    Bonne nuit. :)

     

  • Deal With The Devil

    « My Favourite Game » The cardigans.

    « Sale temps Monsieur X ! » Le regard de la pharmacienne se situait entre la vitrine de son magasin et l’ordonnance que tenait sa collègue, les médicaments s’empilaient sur le comptoir. Elle me fit un léger sourire, mélange d’empathie et de pitié.

    « Non espèce de conne, je me lance dans une collection de cachetons histoire de créer mon propre cartel, les fins de mois sont difficiles il faut bien que je me fasse un peu de cash sur la misère du monde ! ». Mes yeux se baissaient, je ne prononcerais pas ces mots. Je voulais juste prendre mon sachet en papier et partir. Je ne soigne pas une grippe, mais ce truc honteux et invisible dont il ne faut prononcer le nom, d’ailleurs je n’en ai aucun à lui donner. Peut-être le tueur de manque ? Le tremblator ? Oui, ça c’est efficace, tremblator, je vais t’appeler comme ça espèce de saloperie!

    Les chats se cachent pour mourir, c’est une sorte de dernier élan pudique qu’ils se donnent avant de basculer de l’autre côté et de nourrir la terre. J’ai toujours admiré cette façon de sortir de scène, nous, les humains, pensons tout savoir, on aime prolonger nos souffrances, trouver un peu de boue nauséabonde et se rouler dedans. On crie parfois avant même d’entrer dans cette zone mortelle. Pauvre de nous, incapable d’apprécier la vie avant de toucher la mort.

    Très peu pour moi, je vais prendre l’addition, la payer et aller m’amuser encore un peu dans le bar d’en face, oui je sais que le chiffre est chargé mais sur ce coup je vieux bien être généreux. Je n’aime pas la boue.

    « Chemical Prisoner » Falling In Reverse.

    Sans elle la vie redevient ce puits rempli d’ennui, chaque jour je bois un seau complet de ce liquide merdique, sans saveur.

    Je suis un putain d’ado attardé, je n’arrive pas à rester sage, il me faut toujours une occupation, je ne supporte pas le temps et je pense que lui non plus ne me supporte pas. Dans cette mise en pratique de la théorie de la relativité guerrière j’aime être cette pointe de noir au milieu du blanc. 

    J’ai joué, j’ai perdu. Accroché à ma promesse je reprenais ma fuite seul sans enjeu. (Coucher de soleil, ombre qui disparait etc…) Ah ah ah ah.

    Non c’est le moment précis où je dois dire la fameuse phrase « on fait forcément ce qu’on peut, mais pas ce que l’on veut ». La route n’avait plus de limite, plus de bord pour me contenir et j’ai accéléré sans voir le mur qui se dressait face à moi.

    Folie, déni, abandon, solitude. Pauvre petite chose qui tremble de froid puis crève de chaud.

    C’était le jour de la rentrée, je savais que je n’étais pas à ma place dans ce bleu de travail qui faisait trois fois ma taille. Les murs de l’atelier n’étaient pas bien isolés, marqués par l’humidité ils laissaient la pluie se faufiler entre les câbles électriques et les cadres entourant des schémas complexes. On nous parlait de sécurité, de mecs scalpés par les mandrins des tourneuses. Pas de cheveux longs prêts des machines. Les miens étaient courts, j’étais sauvé.

    Devant moi il y avait un amas de pièces métalliques à nettoyer puis le puzzle devait prendre la forme d’un étau de fraiseuse. Le banc de la bête s’élevait à 1 Mètres et des poussières, avec mes 54 Kg à la balance je devais porter mon assemblage à cette hauteur, mission impossible, risée de la classe assurée. J’y mettais toutes mes forces pour enfin réussir à envoyer valdinguer l’affaire, je pensais me retourner et voir mes collègues applaudir, ils avaient fini la manœuvre bien avant moi, j’étais quasiment seul dans le bâtiment qui puait l’huile pour graisser le métal chaud. Je n’avais pas entendu la sonnerie.

    Je remontais les escaliers vers la sortie en ayant flingué mes dernières énergies, mon « taxi » n’était pas encore arrivé.

    Le jeu de l’époque c’était la double béquille, un mec se foutait derrière toi pour tes dégommer les genoux. Je regardais la route, puis elle s’est cruellement rapprochée dans un cri de douleur. Ce n’était pas la faute à Voltaire mais à un mec qui avait la face recouverte de boutons d’acné, il était dans la même classe que moi mais surtout il était désolé, pas tant que moi. Je n’éprouvais aucune haine, je savais juste qu’il fallait que je sers les dents, que la vraie réussite était là, se montrer plus fort que la douleur. J’ai eu mal pendant une semaine.

    J’étais en cours avec une bonne tripotée de salopards, des mecs rejetés d’un peu partout, incapable de lire une ligne en entier sans s’arrêter sur chaque mot, incapable de calculer quoi que ce soit mais capable de comprendre l’essentiel. Ils faisaient des pièces magnifiques derrières les tourneuses, fraiseuses, savaient souder comme des artistes. Oui je parle bien d’art, mais surtout ils passaient par-delà les moqueries dont étaient victimes les boulons (surnom des personnes qui travaillaient sur les machines). Je les aimais bien ces « cons », assez pour me taper deux conseils de disciplines, j’étais moi aussi devenu un salopard, un sale boulon, un rejet.

    « Nerve Endings » Too close to touch.

    Je te voyais t’éloigner de la voiture, il y faisait encore chaud, l’odeur de ta cigarette venait flotter de façon arrogante vers moi, je ne savais pas à ce moment à quel point elle me hanterait.

    Le chaos est venu me recouvrir de ses ténèbres glaçants, j’ai commencé un acte inachevé et je ne peux le laisser ainsi, aller jusqu’au bout des choses, même les plus sombres pour revenir quand l’encre a fini de couler, qu’elle est devenue sèche et deuxième peau pour changer, avancer perpétuellement vers ce néant obsédant.

    Il n’y avait plus rien, plus de son, plus d’images, plus rien à croire. Je me suis retrouvé scotché au sol dans une pesanteur synthétique, le corps posé contre le pare choc de ma caisse je voyais un vieux sachet en plastique se faire la malle entre les feuilles mortes, emporté par le vent il finirait par disparaître. Les aspérités du goudron écorchaient mes mains. La réalité cette douleur qui vous pousse à vous relever. Je tituberai jusqu’à mon prochain naufrage, trouvant refuge dans les angles obscurs.

    C’est si simple de s’imaginer que personne ne nous aime, d’entendre l’ombre de la mort faire son chant de sirène alors que ce n’est qu’une chienne hargneuse. Elle m’aura laissé ses marques de rages folles.

    C’est si simple de voir le monde s’animer autour de soi comme si l’on existait de nouveau.

    « Asylum » Jessica 93.

    J’allais vers cet endroit maudit dont on taisait le nom.  Charon conduisait sa barque, me parlait comme si j’étais un habitué du voyage, il m’amenait vers la maison des damné(e)s. Je riais de cette situation sans retour, m’imaginant déjà les regards hautains plein de concupiscence qui se poseraient sur ce nouveau moi marqué du fer rouge de l’infamie.

    Les portes se sont refermées, prostré parmi les ruminants, emprisonnant mon danger je me suis écroulé.

    Ces cris, ces visages difforment, cette cage…

    Je ne quittais plus mon lit, mon espace de sauvetage, j’avais marqué le lieu tel un animal. Mon manque s’est transformé en allégorie, je ne voyais du monde extérieur que ce ballet automnal, des branches nues dansaient au sommet des arbres. Les fenêtres étaient floues, tout comme moi. Dans cette déraison je trouvais un peu de compagnie, d’autres damnés qui rêvaient de pouvoir respirer de nouveau, l’on se promettait de tenir et de sortir de ce piège. J’ai lutté comme jamais sachant que ma vie n’aurait plus jamais le même sens, que l’on me condamnerait pour des crimes inconnus.

    Je suis sorti de la mine le visage couvert de poussière, carbonisé, « charbonisé », mais que voulez-vous ? J’ai toujours eu le goût du combat.

    « Dissapear Here » Hybrid.

    Plus rien ne sera comme avant, ce rien dont je connais trop le goût et que je recrache par dégoût. La vie est une ligne simple qui divise les tombes et les trônes.

    Des mots aux maux, l’obsolescence programmée de l’être : l’homme est son propre virus. Je savais que l’on attendait de moi que je continue à cultiver l’échec mais les pluies acides ont rongé les graines, il n’y a rien de magnifique à se vautrer dans les suffisantes pensées d’un avenir qui n’existe pas.

    Je suis de nouveau debout, face à vous, mais je ne vous vois plus, vous n’existez plus. Vous n’avez plus cette importance chronophage, et si d’avenir vous choisissez de combattre alors sachez qu’un fantôme se cache en chaque ombre. Vous êtes condamné(e)s.

    « Deal with the devil » King Dude.

    PS : Vous aimez me lire en version courte ? Alors peut-être que vous aimerez me lire en version longue (mais pas trop). J’ai une nouvelle qui vient d’être éditée au sein d’une anthologie (avec plein d’autres histoires cools écrites par de supers auteur(e)s !). Le nom du livre : « Sombres Félins » édité par les Éditions Luciférines. Si vous voulez plus d’informations vous pouvez me retrouver sur Facebook !